l'UNESCO fait pleurer le "sinistre" de la culture égyptienne
Au terme de cinq tours de scrutin, c’est finalement la candidate bulgare qui a été élue au poste de directrice générale de l’UNESCO. Il s’agit de l’ex-ministre bulgare des affaires étrangères et actuelle ambassadrice de la Bulgarie en France, Madame Irina Bokova, qui a été élue mardi 22 septembre par 31 voix contre 27 pour le ministre égyptien de la culture, Farouk Hosni.
Ce dernier était un candidat très controversé, notamment pour avoir tenu des propos antisémites. C’est ainsi qu’à un parlementaire qui le questionnait en 2008 sur la présence de livres israéliens dans les bibliothèques égyptiennes, il avait répondu: “Brûlons-les. S’il s’en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous.” (lire ici)
La presse égyptienne a du mal à admettre l’échec de Farouk Hosni alors qu’elle le donnait largement favori. La presse et les intellectuels égyptiens attribuent cet échec à “un lobby juif ” et parlent de “choc des civilisations”.
Ce mercredi, au lendemain de l’élection d’Irina Bokova, le grand quotidien égyptien Al-Ahram évoque en première page la victoire de la canditate bulgare à la tête de l’UNESCO, n’hésitant pas à citer au passage les rumeurs de pots-de-vin qui ont circulé avant le vote : Al-Ahram accuse ouvertement les Etats-Unis, l’Europe et les organisations juives d’avoir mené une virulente campagne contre le candidat égyptien. Le fiasco de Farouk Hosni incomberait donc, selon ce journal, à un complot juif.
Al-Ahram (presse officielle) attribue cet échec cuisant à “des attaques indignes de la part d’intellectuels juifs en France” et aux efforts de sape “de l’ambassadeur américain à l’UNESCO et des médias sionistes en Europe et aux Etats-Unis”.
Même son de cloche dans le journal Al-Ahrar (presse d’opposition) qui dénonce une “campagne féroce de l’administration américaine, sous pression juive” qui a abouti mardi à la victoire de la diplomate bulgare Irina Bokova.
Pour Al-Masry al-Youm (presse indépendante), la bataille pour la direction de l’UNESCO a été “déterminée par un choc des civilisations” entre Occidentaux et pays en développement.
Oubliant que la France a voté pour Farouk Hosni, Al-Ahram écrit que “la position ambiguë de la France est également à l’origine de l’hésitation des pays africains francophones à voter pour Farouk Hosni.”
Notons par ailleurs que Mme Souha Arafat, la veuve du leader palestinien, a pris contact avec Ivonne Baki, la candidate équatorienne d’origine libanaise, pour qu’elle retire sa candidature en faveur de M. Hosni.
Le Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel estime pour sa part que l’UNESCO échappe à un “désastre” en écartant Farouk Hosni, le ministre égyptien ayant selon lui un “passé lourd” lié notamment à la prise d’otages de l’Achille Lauro en 1985. “L’UNESCO vient d’échapper à un scandale, à un désastre moral. M. Farouk Hosni ne méritait pas ce travail; il ne méritait pas cet honneur. Ce n’est pas quelqu’un, à mon avis, qui aurait dû même être candidat à ce poste”, a déclaré M. Wiesel à l’antenne de la radio France Inter.
Quant à Madame Irina Bokova, elle a préféré mettre l’accent sur le fait qu’une femme était élue pour la toute première fois à la direction générale de l’UNESCO. “Je suis la première femme à la tête de l’Unesco, c’est un signe important de l’égalité des sexes qui demeure un objectif important”, a-t-elle déclaré.
Source : Le Point, Courrier International.