Le bateau russe transportait-il des arbres à têtes nucléaires ?
Il ne réalise pas que ces "pirates" n'ont jamais pris d'assaut le navire. Il s'agit vraisemblablement de petites frappes sans envergure - et sans aucun rapport avec l'affaire - sacrifiées par le FSB pour maquiller l'humiliation d'avoir été abusé par les Israéliens.
Notre consultant sur le renseignement russe, l'ex-lieutenant-colonel du KGB Konstantin Preobrazhensky, notait avec justesse la semaine passée : "la grande naïveté des Occidentaux est de croire l'information issue d'un pays totalitaire". La Russie n'a pas changé depuis la fin de la guerre froide. S'il semble aberrant pour des journalistes vivant en démocratie que le gouvernement russe organise des arrestations (et bientôt des procès) factices, cela ne choquera aucun connaisseur des sociétés autoritaires - et encore moins un observateur des pratiques du renseignement russe.]
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Nos analyses : Renseignement
[LE TEMPS, Jean-Claude Péclet]
La famille d’Andrei Lunev a eu le choc de sa vie en découvrant à la télévision russe, parmi les huit «pirates» présumés de l’Artic Sea, un homme qui lui ressemble vaguement et porte, officiellement, son nom.
Seul problème: Andrei Lunev, un pêcheur, est porté disparu depuis trois ans et présumé mort par noyade suite au naufrage du Pelagial, où il était embarqué.
Vivant ou ressuscité, Andrei Lunev n’a en tout cas pas le physique du militant écologiste qu’il est censé être, d’après la version des autorités russes diffusée ce week-end après l’interrogation des huit hommes arrêtés à bord de l’Artic Sea – cette arrestation étant elle-même sujette à caution. Quand on lui a demandé pour quel groupe écologiste il travaille, Andrei Lunev a répondu: «Je ne sais pas. C’est une sorte d’organisation privée.»
Ses camarades «pirates» présentent des tatouages évoquant davantage les goûts esthétiques de la mafia russe que ceux des défenseurs de causes vertes. Ils sont tantôt lettons, tantôt apatrides, on ne sait pas trop, maçon et métallurgiste pour deux d’entre eux. Andrei Lunev avait quitté Kursk après avoir été impliqué dans des bagarres. Le portrait même d’enfant de chœur…
Quant à la vidéo grand-guignolesque montrant leur arrivée en Russie – traînés au pas de course par des soldats écrasant leur nuque d’une poigne de fer, comme si leur arrestation remontait à deux minutes et non à plusieurs jours – elle n’aurait pas été mise en scène autrement si on avait voulu susciter le sentiment d’une opération de camouflage bâclée.
La thèse du Mossad
Sauf que les Israéliens n’emploient pas les amateurs grotesques qu’a montrés la TV russe. Le mystère reste donc entier. Le seul bout de voile levé, d’abord par l’autorité maritime de Malte puis «des sources» de l’OTAN, concerne la «disparition» du cargo. En fait, nous dit-on depuis la fin de la semaine dernière, on savait toujours où se trouvait le navire, mais l’information n’aurait pas été communiquée pour raisons de sécurité.
Le plus frappant dans cette affaire est la façon dont les autorités de plusieurs pays – Suède et Finlande, averties en premier de l’«attaque», Malte dont le bateau bat pavillon, France et Grande-Bretagne dont il a frôlé les côtes – s’en débarrassent benoîtement pour laisser les Russes l’enterrer à leur guise. Un «deal» entre services secrets?