Comment être Français ?
lundi 15 juin 2009, par Pascal Hilout
C'est aussi simplement que la question est posée par Rachid Kaci dans un nouveau livre qui porte ce tire. La crise d'identité que traverse la France en ce début de siècle est assez sérieuse pour mériter un questionnement sans fards et des réponses claires.
L'auteur satisfait non seulement à cette exigence, mais il propose aussi des solutions. Ce faisant, il renoue avec des fondamentaux que notre intelligentsia, soi-disant progressiste et bienveillante, avait tout simplement négligés. A force de vilipender la France, de l'accabler de tous les maux, nos nouvelles générations ont fini par lui manquer (et se manquer par la même occasion) de respect, de fouler aux pieds ses symboles et laisser prospérer un désamour malsain si ce n'est suicidaire.
Le livre commence par faire le constat d'échec de l'intégration : un terrible fiasco des trente à quarante dernières années. Il en explique clairement les causes avant de s'attaquer, dans la deuxième moitié, au communautarisme islamique et à la question cruciale de l'école, enjeu d'un repli menant tout droit au cloisonnement et au délitement de la société. Ainsi, l'horizon s'en trouve dégagé pour considérer que l'Histoire et notre patrimoine commun sont de formidables instruments de l'assimilation à laquelle Rachid Kaci nous invite ardemment à revenir. Il y voit l'unique processus salutaire qui avait pourtant réussi à transformer en citoyens à part entière tant de vagues d'immigration avant celle qui, ces dernières décennies, nous cause des troubles de digestion et donc d'assimilation.
La fabrique républicaine du civisme et de la citoyenneté ne peut se passer d'une stricte application de la loi sur tout le territoire national(2). L'assimilation passe aussi par une mobilisation généralisée autour de l'accès à l'emploi ainsi que la restauration de l'école dans ses pouvoirs qui lui donnaient la capacité d'éviter l'exclusion. Avec la crise actuelle, il va de soi que la maîtrise de l'immigration aussi bien légale que clandestine devient une priorité plus cruciale qu'auparavant.
Dès l'introduction -et comme à son habitude- l'auteur n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat : n'y aurait-il pas aujourd'hui en France un racisme qui s'exerce impunément au dépends de la majorité de ce pays ? L'attitude sectaire et clientéliste de certaines organisations qui, théoriquement, défendent les droits de tous les humains, s'en trouve ainsi mise à nu.
Des images fortes permettent à M. Kaci de nous faire comprendre que nous marchons sur la tête depuis si longtemps : « Au lieu d'essayer de faire des nouveaux venus des Français à part entière, comme on l'avait fait naguère des immigrés d'origine espagnole, italienne ou polonaise, on a choisi d'intégrer leurs particularités au substrat français, quitte à forcer pour y parvenir, comme un enfant têtu force sur les pièces d'un puzzle pour faire entrer des morceaux dans des cases qui ne conviennent pas, à plus forte raison si ces morceaux proviennent d'un autre puzzle différent du premier. » (p. 11).
Pour cette raison et pour bien d'autres, expliquées par l'auteur, « la société française a perdu non seulement son homogénéité, mais sa cohésion » (p. 15).
Même lorsqu'on a lu d'autres livres de Rachid Kaci, on est tout de même surpris, à tous les chapitres, par ses nouvelles idées iconoclastes. Lorsqu'il le faut, l'auteur n'hésite pas à exprimer des critiques visant ses propres amis politiques de la droite. Cela nous change du sempiternel consensus fait de lamentations sur le sort des immigrés, toujours réduits au statut peu enviable de "victimes" et donc d'"irresponsables".
Avec Rachid Kaci, conseiller technique à la présidence de la République, nous voyons que la classe politique avaient tort de s'être privée des talents que manifestent ses enfants issus de l'immigration nord-africaine qui, au fond, ne visent qu'une chose : l'assimilation, sinon rien !
Ce livre nous ouvre les yeux sur de toutes nouvelles perspectives et il faut bien saluer sa publication.
Pascal Hilout
(1) Larousse, Paris 2009, collection « à dire vrai » dirigée par Jacques Marseille, 9,90€ TTC .
(2) Ce thème, ainsi que celui de l'immigration ont largement été traités par l'auteur dans son livre « La République des lâches ».