Le double langage économique du MODEM selon le vent !
Qui faut-il croire ?
Compte tenu que le Modem a approuvé le mini traité de Lisbonne on serait enclin à croire que Bayrou suivra la politique proposé par Jean Peyrelevade ; mais alors dans ce cas au Modem, on aurait déjà la langue de bois comme à l'UMP et au PS.
Ces élections européennes ne seront pas la réconciliation des OUI et des NON au référundum de 2005, les français ne doivent plus être les gogos des grands partis.
Corinne Lepage: la révolution néoconservatrice à la française
La volonté réaffirmée de maintenir le cap des réformes dites libérales procède d'un double erreur, globale et nationale.
· D'une part, l'erreur de croire que ce serait les réformes engagées depuis deux ans qui permettraient à la France de subir moins brutalement que les autres pays industrialisés et notamment européens les effets de la crise actuelle. C'est évidemment faux. D'une part, en réalité, peu de réformes profondes ont été engagée si ce n'est celle de la réforme des heures supplémentaires et du temps de travail qui en réalité aggrave le chômage, conduisant les entreprises à augmenter les heures supplémentaires plutôt qu'à embaucher, si elles sont, ce qui est rare aujourd'hui, un surcroît de travail. D'autre part, c'est précisément le modèle social français, c'est-à-dire ce que le gouvernement n'est pas arrivé à détruire - qui a permis ce résultat. En effet, le système de protection sociale fonctionne encore, le poids de la fonction publique est important , enfin, le taux d'endettement est très inférieur à celui des pays anglo-saxons.
Dès lors, même si le surendettement des ménages a considérablement augmenté , il n'atteint pas et de loin les proportions de l'endettement américain d'où une consommation moins réduite même si le niveau moyen des salaires en France est désormais en dessous de la moyenne européenne. En conséquence, non seulement ce ne sont pas lés réformes récentes qui expliquent la meilleure résistance française, mais encore c'est précisément le modèle auquel elles prétendaient s'attaquer qui l'ont permise.
· D'autre part, il est pour le moins paradoxal, voire insane de vouloir choisir un modèle au moment même où ceux qui ont fait ce choix, décident d'en sortir. En effet comment imaginer vouloir réduire le poids de l'Etat, accroitre le modèle inégalitaire et libéraliser au moment où le système financier a du faire appel aux Etats pour ne pas sombrer, où les mouvements sociaux réclamant une meilleure répartition de la richesses se multiplient et où l'incapacité du marché à s'auto-organiser a été démontrée. Non seulement nous avons une guerre de retard, mais de surcroît risquons une fois encore d'agir à contretemps nous privant ainsi des avantages et de l'avance que nous donnent notre système.
En particulier, le dogme du bouclier fiscal et d'une politique volontairement inégalitaire (en particulier en refusant de s'attaquer à la question des suppléments de rémunération des dirigeants) est doublement suicidaire pour notre économie et au-delà notre système social.
- d'une part, le renforcement du pouvoir d'achat des classes moyennes est indispensable si l'objectif est de maintenir un niveau de consommation, ce qui ne dispense évidemment pas d'orienter cette consommation vers une économie soutenable. C'est un débat essentiel mais complémentaire du présent propos. En effet à partir du moment où la substitution du crédit à l'augmentation des salaires fait partie du passé, seule la réduction des inégalités peut asseoir le développement. P.Artus évalue à 3% le niveau de dépenses des ménages en France contre 9% en Grande Bretagne, 5,7% aux Etats-Unis et 10% en Espagne. Nous avons donc un atout majeur qui doit être renforcé et non détruit.
- D'autre part, cette politique, qui tourne le dos à notre pacte commun, attise la violence et la frustration à u n moment où la solidarité devrait précisément progresser.
Enfin cette libéralisation dogmatique est à géométrie extrêmement variable. Elle n'exclut pas les aides aux grands de l'automobile mais oublie les aides aux sous traitants (moins de 5% de l'enveloppe), elle finance le nucléaire mais n'investit quasiment pas dans les renouvelables et l'efficacité énergétique. Elle sauve les banques sans contrepartie, joue au mécano structurel des établissements sans oublier de nommer les responsables qui devraient l'être par les établissements eux même, mais s'attaque à l'université et demain à la santé et s'arrange pour supprimer les règles de concurrence dans les marchés publics, dans la limite extrême de ce que tolère les seuils européens.
En réalité, la révolution néoconservatrice à la française ne consiste t'elle pas à conforter dans notre pays les facteurs qui ont précisément eu les conséquences les plus tragiques pour les nations qui y ont été les plus exposées en refusant de surcroit d'investir dans les secteurs qui sont les plus porteurs pour sortir des crises : les hommes (éducation et santé) et l'économie verte.
Sommes nous vraiment condamnés à subir des erreurs historiques à répétition ?
Commentaires
Drôle de révolution conservatrice, en effet, ... au MODEM:
Beaucoup s'interrogent sur l'absence de programme économique dans l'ouvrage récent de F. Bayrou "Abus de pouvoir". On trouve la réponse à cette question dans l'ouvrage parallèle "Sarkozy: l'erreur historique" que son mentor en économie Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais, publia il y a peu chez le même éditeur (Plon,2008), avec moins d'éclats médiatiques.
Il n'est pas ininterressant, pour se faire une idée de ce programme, de citer les passages les plus saillants de l'auteur qui fut le compagnon de route de F. Bayrou lors de la campagne présidentielle, et préssenti comme futur responsable de la politique économique en cas de succés:
AVANT-PROPOS:
"Comment...ne pas approuver maintes réformes qui s'attaquent courageusement à des archaismes flagrants de la société française?"(p.8)
"Ainsi de la loi sur l'autonomie des universités...
Ainsi de la réforme des régimes spéciaux de retraite...
Ainsi de la modification de la carte judiciaire...
Ainsi de l'apparition de formes assouplies du contrat de travail...
Toutes ces belles actions, dont le citoyen se félicite, ne sont pas négligeables. Mais...: 23000 agents de l'état en moins au budget 2008, soit une diminution de un pour mille. Non pas beaucoup de bruit pour rien, mais beaucoup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l'ordre des chiffres" (p.9)...
"Curieuse convergence de vocabulaire avec Ségolène Royal. La gauche fut longtemps incapable de changer en profondeur le pays...(p.14)
CHAPITRE 2 (Le pouvoir d'achat) :
"La promesse d'amélioration du pouvoir d'achat faite pendant la campagne électorale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue... Or, elle n'est pas près de l'être. Dans la répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux." (p.35)
CHAPITRE 3 (Le mal français) :
"Jean-Paul Fitoussi, économiste réputé de gauche mais écouté par le président de la République, déclare:
-La part des salaires a beaucoup trop baissé au cours des années 80.
Alain Minc ajoute son grain de sel en forme d'affirmation doublement erronée:
-Les entreprises font des profits importants et elles sont assez peu endettées. Elles ont donc tous les moyens d'investissements...
Il ne reste plus au général en chef, je veux dire Nicolas Sarkozy, qu'à dresser en impératif gouvernemental la synthèse de tant d'erreurs...lors de sa conférence de presse du début de l'année 2008:
- Les exonérations de charges seront conditionnées aux négociations salariales...Il faut rééquilibrer la répartition des conséquences du succés entre salariés et actionnaires-" (p.70)
"Quel malaise de voir Nicolas Sarkozy et Lionel Jospin professer les mêmes erreurs: démagogie de droite et démagogie de gauche, également ancrées, se rejoignent. A notre brillant duo, vient se joindre une voix féminine. Ségolène Royal interroge en ces termes les militants du parti socialiste:
- Il faut rééquilibrer le rapport de forces entre le travail et le capital par une mezilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise?" (p.71)
"Faut-il préférer Bertrand Delanoé? Ce libéral anti-capitaliste vient d'ajouter sa voix à ce choeur dissonant: il réclame une taxation des revenus du capital et, comme Nicolas Sarkozy, une révision des exonérations consenties aux entreprises qui refuseraient des augmentations salariales. A quoi sert de changer nos dirigeants s'ils professent tous les mêmes inepties?" (p.72)
CHAPITRE 4: LES DEFICITS
" Le vieillissement de la population, conséquence de l'allongement de l'espérance de vie (un an gagné tous les quatre ans), fait peser un poids sans cesse accru sur les régimes d'assurance vieillesse et d'assurance maladie...: c'est aux bénéficiaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs cotisations les prestations qu'ils reçoivent. Les personnes physiques, les ménages, sont les seuls concernés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l'entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pension ni droit à assurance santé? Demander une contribution au système productif n'a comme sens que de masquer l'ampleur de l'effort nécessaire et comme seul effet de peser sur sa compétitivité." (p.103)
"A ma connaissance, nous sommes le seul pays développé au monde ou la définition des heures supplémentaires , leurs contingents et leurs rémunérations sont fixés par décision du législateur central...
Dès lors, un pouvoir politique nouvellement élu, d'inspiration prétendument libérale, prétendumment favorable à l'entreprise, prétendument décidé à restaurer la compétitivité de notre appareil productif, proclamant à juste titre que les 35 heures furent une faute gigantesque, ce pouvoir là serait passé à l'acte s'il avait été conséquent. Un article de loi de trois lignes aurait suffi à mettre fin à notre singularité:
- La durée effective du travail et sa rémunération relèvent d'accords contractuels entre employeurs et salariés. L'une et l'autre sont fixées par des accords de branche ou d'entreprise." (p.126-127)
CHAPITRE 6 ( D'où vient Jean Peyrelevade?) :
"L'équipe tout d'abord. En 1981, elle était dans les murs puisqu'elle formait une partie, la plus éminente par les responsabilités, du gouvernement lui-même. La vision macroéconomique ensuite...Pascal Lamy à Rivoli..., moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs [Jacques Delors ministre des Finances, Pierre Mauroy Premier ministre]" (p.158-159)
"C'est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d'appeler la parenthèse de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond... (p.151)
"Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste...Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom (155-156):"
"De 1982 à 1984, le taux de croissance de l'économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)... Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d'achat des ménages subit une légère diminution (-0,1 puis -1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie." (p.156-157)
CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
"LIBERER LE TRAVAIL:
La première mesure consiste à libérer le travail...je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d'euros d'argent public.
On a vu ce qu'était la solution: il suffit de renvoyer au dialogue contractuel entre partenaires sociaux les décisions relatives à la durée du travail et surtout à sa rémunération, point sur lequel Nicolas Sarkozy, tout à sa volonté de distribuer du pouvoir d'achat, demeure figé. Ne resteraient comme instruments centraux, interprofessionnels, à la main de l'exécutif et/ou du législateur, qu'une durée maximale du travail qui serait d'ordre public (aujourd'hui 48 heures par semaine en vertu d'une directive européenne) et le SMIC." (p.169)
"RETABLIR LES FINANCES PUBLIQUES:
L'objectif central est de déplacer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entreprises et donc au détriment provisoire des ménages, le partage de la valeur ajoutée...
La remise en ordre de l'appareil productif passe nécessairement par un prélèvement sur le pouvoir d'achat des ménages (à nouveau, qui d'autre pourrait payer une telle opération?)... Année aprés année, avec une sorte de tranquillité opininiâtre, il convient de modifier à la marge la répartition de la valeur ajoutée, du PIB, de façon à en laisser une part un peu plus fournie aux entreprises, un peu moins grande aux ménages." (p.169-171)
"Si l'on entend vraiment déplacer des entreprises aux ménages un curseur de charges mal réglé, la hausse des taux de certains prélèvements est incontournable." (p.173)
"DIMINUER L'IMPÔT SUR LES SOCIETES:
On peut ainsi réver à une sorte d'utopie fiscale. Supposons que l'on réduise à rien l'impôt sur les sociétés qui est actuellement du tiers du bénéfice imposable. Les marges brute et nette de l'entreprise sont augmentées du montant de l'impôt supprimé." (p.179-180)
"Cette utopie permettrait de résoudre au passage l'énigme déjà rencontrée de l'arbitrage fiscal entre le travail et le capital. L'entreprise..., il s'agit, en tout état de cause d'une charge pour elle. Exonérons-la de toute taxation à ce titre et les revenus du capital, quelle qu'en soit la forme (loyers, intérêts, dividendes ou plus-values), devraient être soumis à des prélèvements fiscaux et sociaux identiques. Vaut-il mieux imposer les revenus du capital ou ceux du travail? L'arbitrage fiscal, à partir du moment où l'on n'y mêle plus les entreprises, exercé au sein de la catégorie des seuls ménages, prend alors tout son sens, économique et politique." (p.181-182)