Excision des filles : l'art de la torture par la religion !
Sénégal : Imams et Oulémas exigent le retrait de la loi contre l'excision
Par Ishtar le 15 mai 2009
En janvier 1999, le Sénégal a ajouté à son code pénal l'article 299, qui interdit l'excision. La sanction prévue à cet article pour les parents ainsi que pour la personne qui pratique l'excision est une peine d'emprisonnement de six mois à cinq ans. La sanction maximale doit être appliquée lorsque l'excision a été faite ou organisée par un membre de la profession médicale. Lorsque l'excision entraîne la mort de la fille, ou lorsqu'une personne utilise son influence et prend avantage de sa position d'autorité pour encourager la pratique, la sanction prévue est le travail forcé à vie.
En dépit de cette loi coercitive, près de sept cent mille filles sont encore excisées chaque année au Sénégal.
Les quatre membres d'une famille, arrêtés et incarcérés à la Maison d'arrêt de Matam (Sénégal oriental) pour excision sur une fillette de moins de 2 ans, seront fixés sur leur sort jeudi [ndr : l'affaire est finalement renvoyée au 28 mai]. L'affaire jugée, depuis la semaine dernière, a été mise en délibéré.
Décidée à faire élargir les mises en cause, l'Association des Imams et Oulémas du Sénégal accentue la pression sur les pouvoirs publics et fait monter les enchères. Désormais, au-delà la libération des détenus, ces dignitaires religieux exigent purement et simplement le retrait de la loi contre l'excision.
Ils ont affirmé cette position dimanche, au cours d'une importante assemblée générale, tenue à la place de l'Indépendance de Ourossogui, suite à ''la rencontre décevante avec le chef de l'exécutif régional et qui n'a rien donné. Puisqu'il nous a demandé de laisser la Justice faire son travail, comme si c'était cela le principal.'' D'après Abou Ly, le porte-parole de ces Imams et Oulémas, ''l'Etat fait dans le dilatoire et refuse d'accéder à notre demande d'élargissement des détenus. Une certaine radio, poursuit-il, a même affirmé que la fillette (excisée) en est morte ; ce qui est archi faux. Elle est là devant vous. Elle se porte comme un charme, la seule chose qu'elle réclame nuit et jour, c'est sa mère.''
L'Islam recommande l'excision
''L'excision, poursuit-il, est une des recommandations de l'Islam qui remonte au temps du Prophète. Elle est une pratique autorisée par la Loi divine''. Pour étayer son propos, il cite 16 Hadith ''qui exigent que chaque femme soit excisée, faute de quoi elle devient impure et ne peut même donner à manger. Pourquoi, dès lors, vouloir l'interdire dans un pays composé à 90 % de musulmans ?''
Le guide religieux affirme ne pas comprendre la cécité des dirigeants qui font voter n'importe quoi, y compris des lois dirigées contre Dieu et l'Islam. ''Mais, menace-t-il, nous ne reculerons devant rien pour défendre l'Islam. C'est une question de vie ou de mort.'' Joignant l'acte à la parole les Imams ont demandé aux fidèles de faire le déplacement au tribunal, jeudi prochain, jour de la délibération. Sur un ton ironique, M. Ly a laissé entendre que ''la Loi Sada Ndiaye (loi votée en octobre 2008, ramenant le mandat du Président de l'Assemblée nationale de cinq à un an) n'a pas mis 24 heures pour prendre forme. Pourquoi l'Etat ne devrait-il pas faire preuve de la même prouesse pour accéder à notre demande à savoir l'abrogation de la loi contre l'excision?''
Toutes choses qui lui font dire que l'Etat est passé à coté de l'essentiel. Et, il invite, par voie de conséquence, les dirigeants du pays à balayer d'abord devant leur propre case en satisfaisant l'énorme demande sociale et en luttant contre certaines pratiques ''impies'' telles que la vente et la consommation de l'alcool, la prostitution et la drogue.
Source : Le Quotidien